— Sara casse poupée. Reste ma chambre. Maman.
— Ta maman t'a consolée ?
— C'était pas encore maman.
Le patient X soupira.
— Fatiguée...
Marysla se leva alors que le patient X s'enroulait dans ses couvertures. La séance était finie. Elle reviendrait dans quarante-huit heures.
* * *
Les tests médicaux du patient X s'amélioraient de jour en jour. C'était une petite fille normale, ayant souffert d'une légère déshydratation et de malnutrition. Selon les calculs, elle n'avait pas mangé pendant une petite semaine tout au plus. Elle n'était pas blessée, n'avait aucune séquelle physique prépondérante.
Marco entra dans le bureau avec un nouveau dossier.
— Le patient se plaint de maux de tête et a encore du mal à marcher.
— C'est dû à son changement de milieu. On continue de lui administrer des vitamines. Il ne peut toujours pas manger ?
L'infirmier haussa les épaules.
— Son estomac est légèrement atrophié, mais il devrait être capable d'ingérer du liquide plus consistant que de l'eau. Pourtant il rend tout ce qu'on lui donne. C'est comme si...
Marco hésita. Marysla leva le nez de ses notes pour l'observer.
— Comme si quoi ?
— Comme si il avait oublié comment manger.
— De la même façon qu'il ne sait pas construire des phrases correctement. On va chercher à y voir plus clair.
Marysla remarqua immédiatement la couverture et la poupée que le patient tenait dans ses bras. Ils étaient tous les deux faits de morceaux de tissus épars et usés. Elle reconnut même une chaussette tenant lieu de tête à la poupée.
Marco répondit par un sourire gêné à son interrogation.
— C'est un cadeau des gardiens. Ils disent qu'ils ne pouvaient pas la laisser comme ça à s'ennuyer toute seule.
— Cela va à l'encontre du protocole. Vous ferez un rapport.
Et dire que les soldats avaient été les premiers à mettre le patient en quarantaine, le regardant comme un objet étrange et dangereux, quand ils l'avaient retrouvé dans un couloir, endormi, trois semaines plus tôt. Et maintenant ils lui offraient des cadeaux ?