L’ERAFLEUR DE VELIN
Dans la catégorie : Essais
par Roland Reumond
Malgré mes grands airs et mes gros mots, je ne suis qu’une éraflure !
Les papiers les plus blancs et les pâtes les plus fines, ne peuvent garder plus que de raison, le souvenir heureux des traces délectables de la griffe et du trait ; même l’écorce des jeunes bouleaux ne connait pas cette extase du papier cru qui jouit d’être un exemplaire unique, le temps d’un écrit passager.
Pour décrire le corps, écrire la chair, se faire trait ..., le trait se fait chair et fait corps, avec l’œil, la main, le stylet, l’encre, jusqu’au plus profond du papier vélin.
À ras fleurs, éraflures, les racleurs de vélins sont des érafleurs de papier, des éraflures dans le vent.
Griffeur aux ongles souillés de mots et de virgules, à trop blesser les parchemins, les poètes s’éreintent ; encreurs des encrures aux formes spiralées, des papiers écornés d’une dernière épreuve, l’écorcheur de service, affleure le papier comme le doigt efflore la peau, comme le X déflore l’Y, quand le Yang côtoie le Yin, nu contre cru, tel le jour et la nuit avec qui se fondent limites fragiles et se fécondent à l’ombre des éraflements, des passages de l’un à l’autre :
Je, Tu , Il …, à l’infini des locutions et des graphismes.
Ci-gît l’affileur de lettres, au fil des cicatrices et des excoriations, le long des liens, filets de sang, cordons, nerfs et lacets qui relient le corps l’âme et l’esprit.
Tout poète est « une vraie traînée », une trainée d’encre, car il est lui-même
un « effet » de l’écriture, effet de langage, une erreur, un lapsus, une rature,
un mauvais coucheur de mots ! Un être de mauvaise vie, qui éternellement, étrenne le synonyme, comme on traîne avec toutes ces choses sordides, ces objets et sujets de mauvais goût, pour des coucheries de papier qui ne durent qu’un orgasme et pour quelque article en couche.
- Score :
0
-
Vu 175 fois
- Vous devez être connecté pour voter.
-
Les commentaires