LES MOTS AVARIÉS
Dans la catégorie : Récits
par Roland Reumond
À peine utilisés, les mots sont déjà avariés, à varier sans cesse aux arrêts pour trouver les meilleurs, les bons mots, les plus justes, le plus … ; mais à grande peine écrits, criés ou dits aux saillies de l’aurore, ils sont déjà trop vieux, trop rances, moisis à vomir , écœurants et nauséabonds.
Entre la déception des mots trop pleins de sémiotique, et l’amertume des merdes littéraires trop vides ; entre l’artifice et l’abîme abîmé des lexiques, le temps d’une métaphore ou l’espace d’un vers, et les mots dépassés et sentent déjà mauvais !
Pourquoi sont-ils déjà avariés ? Attente aux bonnes mœurs ? Atteinte aux gros et bons mots ? Plagiat ? Avarie sémantique ou bien avarice du Verbe ? Qui sait ce qui se passe entre les pages, dans le mystère des feuillets taris, quand les mots y manquent de folie - quand ils y font les morts, immobiles, tout raides et glacés.
Il faut se méfier des mots avariés quand la main n’est plus fébrile, quand l’écriture ne fait plus saliver, là où le désir s’estompe en mal de dopamine, et quand le frisson se fait mou ou trop dur, la gourmandise tiède, la lecture gâteuse, l’œil trouble …, alors il faut se méfier des mots avariés !
Pourquoi cette détérioration, cette usure, ce péché véniel des rimes se transformant en pourriture de mauvais goût ? Pourquoi ces dommages causés à la lettre même par l’infection, ou à la poésie par affliction : mauvais choix, illusion, trop de mièvrerie, pas assez de rêverie … ?
Qui sait pourquoi les mots s’oxydent, rouillent, s’altèrent au contact du papier ?
Blessures, écritures, rognures, nouures, tout n’est que pourriture à l’ombre triste des porteplumes, des Bics tout tendus comme des drapeaux en peine, dans l’attente stressante d’un mot, d’une idée, d’un espoir, d’un passage …
Il faut bien se méfier des mots avariés, des hypocrisies, des discours académiques …, que de phrases gâtées aux dits du réel, que de gâchis dans cet espace en expansion qui cherche mots, beauté, fraîcheur, nouveauté … ; mais à l’horizon des marges, il ne subsiste rien, rien d’autre que des mots creux, des mots sans saveur qui ne disent plus rien du tout; des mots qui sont comme des bidons secs et des bubons vides, qui à terme, à la fin d’un contrat tacite, ont vidé tout leur contenu, ou ont été asséchés de tous leurs sens.
- Score :
7
-
Vu 102 fois
- Vous devez être connecté pour voter.
-
Les commentaires
Affichage de 2 commentaires sur 2 commentaires
a écrit il y a 4 mois :
a écrit il y a 8 mois :