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SE FAIRE LA MALLE EN SOI

Dans la catégorie : Récits

Photo de Roland Reumond par Roland Reumond

        Ô miroir, ô doux miroir, dis-moi d'une manière parabolique, la métaphore de mon âme dans mon regard d'enfant.
        
        
        
        SE FAIRE LA MALLE EN SOI
        
        Au matin, la poésie est venue me chercher au pied du lit, pour me tirer dans la salle de bain. Tout nu, devant la grande glace montée sur pivots, grâce à laquelle ou à cause de qui, de quoi, on peut, du passé au présent, se mirer dans la ligne de tir et se contempler amplement de pied en cap, j’ai vu.
        
        J’étais à peine réveillé, que dans le reflet il y avait un peu des deux : l’être d’une grande rationalité, concret, les pieds sur terre, incarné dans l’épreuve et l’autre, qui vit et voyage dans des mondes parallèles.
        
        Alors, j’ai dit au premier : « je me reflète c’est donc qui je miroite ! »
        
        Tout en sachant que ce que je croyais être un reflet n’était qu’un effet ! Un effet d’optique comme il y a des illusions plein l’évier et la cuvette des toilettes.
        
        Je savais, par expérience, que la vérité était entre les deux, entre rêve et choses relatées, entre l’imaginaire et le frelaté, là où le naïf, l’artiste poète avait fait son Nil pour passer outre bord.
        
        N’empêche que j’ai bien cru y voir, au grimoire de mes réflexions, l’image parcellaire, comme holographique d’une vie, la mienne, en un panoramique de soixante années toutes à portée de main, et donc d’écrit.
        
        Ainsi, la parole, tel un reflet plus ou moins embué de la mémoire, nous révèle d’une manière illusoire, avec tendresse ou parfois brusquement, dans notre propre vérité.
        
        Instantanés de couloir aux couleurs des pastels, images filantes d’une immédiateté à fleur de paupière, flashs entre l’extérieur et l’intériorité, zone frontière où toute représentation se donne à guichet béant.
        
        Pour sortir de cette tragédie où je me croie propriétaire de mon reflet dans le miroir, où je me crois dur comme faire de mes habitudes, solide et ferme de ce triste égo perclus de rhumatismes, d’hypothèques du passé et d’illusions présentes, je n’ai d’autre envie, d’autre vie, d’autre chemin que celui des mots, psyché de l’âme et du corps.

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