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Histoire - Innoncence

Dans la catégorie : Nouvelles de fantasy

Photo de Rose-Marie Paradis par Rose-Marie Paradis

        Pourtant, j'aurais dû, j'aurais dû tenter ma fuite, peut-être me serais-je fait retrouver par la bonne personne.
        
        Ils ne prirent pas de temps ensuite à arranger des retrouvailles avec ma mère, que j'aurais bien aimé éviter.
        
        Vêtue de haillons, les cheveux rasés, la peau mutilée comme si on l'avait creusée pour y en ressortir les organes. Jetée par terre, frappée devant moi et pleine du crachat de leur mépris. C'est ainsi qu'ils me firent voir ma mère, l'autre côté des barreaux qui avaient volé sa force, sa beauté, mais pas son intégrité. J'y étais comme dernier recours, comme promesse en échange de certaines divulgations. Des concepts que je ne comprenais pas à l'époque, mais qui me détruisirent tout de même indirectement.
        
        J'imagine qu'elle ne plia pas, ou qu'ils sont tout simplement hypocrites et n'ont rien tenu de leurs engagements, car elle fut le spectacle tant attendu d'une ville qui n'avait plus que la cruauté comme divertissement, car elle leur était présentée de ses plus beaux atours, comme une saine scène représentant le message d'un dieu qu'ils ne se souvenaient plus s'être fait imposer.
        Cette fois, quand je vis ma mère, il n'y avait plus rien en elle que je connaissais. Il n'y avait plus cette flamme dans ses yeux qui nous montrait son existence consciente. Ma mère était une belle femme, une femme forte, instruite, intelligente, mais la femme qui était maintenant devant moi n'était plus qu'un squelette vêtu de guenilles sans conscience.
        
        Les représentants de l'ordre emmenèrent le démon au milieu de la place publique et je vis entre les flammes les dernières souffrances du corps de cette femme qui avait été tout pour moi. On avait tué ma mère, mon modèle déjà, on devait maintenant achevé le corps en public, pour ternir à jamais la mémoire de la personne.
        
        On se devait, pour l'ordre public, en éduquant, et pour l'intégrité de la religion qui s'était déclarée maîtresse des êtres, humilier en public ces gens, et tuer le symbole qu'ils étaient, couvrir l'idée qu'ils représentaient avec la cendre des corps. On nourrissait les gens de peur, de haine et de cruauté.

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