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La vieille

Dans la catégorie : Écriture automatique

Photo de Alex Le Gall par Alex Le Gall

La vieille


Qu’y a t’il de plus beau que le visage d’une vieille femme ? de plus émouvant que ces rides marquées du sceau de l’expérience ? Ces sillons sublimes sont le critère, le poinçon des souffrances et du bonheur de toute une vie. Les souvenirs y sont estampillés comme les évènements dans un livre d’histoire. On peut y décrypter les joies et les peines d’un passé sans retouches. Et ses mains ! ces mains posées sur les genoux, comme le ferait une enfant sage ; des mains noueuses, immobiles, désormais inefficaces, inutiles. Elles sont un peu le témoignage d’une résignation, d’une soumission définitives.
Elle est assise là, sur une chaise paillée, sur le seuil d’une porte, ultime goulet de la vie au sommeil. Son regard nébuleux enveloppe la rue et les gens. Les passants l’ignorent. Elle les regarde mais ne les voit pas. Sa vision, son rêve se déplacent par delà les habitations voisines. Elle est ailleurs, dans l’autre siècle, dans un autre univers, peut-être. Son visage fané paraît impassible. Cependant, approchons-nous un peu, pudiquement. Ses yeux sombres s’humidifient. Une perle de rosée ruisselle sur sa joue. Elle a vingt ans la vieille. La vieille a vingt ans et son amour en a tout autant. Et les rides de ses joues se creusent, s’accentuent, l’embellissent encore. Ses lèvres s’enjolivent d’un sourire édenté : premier baiser, premier amour, premiers émois. Elle se souvient de l’Océan, du bruit des marées, du chant des mouettes. Qu’il était chaud le sable fin et serein l’air marin. Ah ! qu’elle était si puissante et si douce, cette main adorée. Cette main ! Et les mains de la vieille se raidissent. Son sourire se fige. Son front se plisse de mille rides ignorées. La guerre ! la guerre a emporté son amour. Que cette main était pourtant si douce. La vieille pleure. Pleure la vieille.
Un frisson et son châle se retrouve à ses pieds. Un passant le remarque et s’approche d’elle : « Tenez, grand-mère, votre châle a glissé. » Il lui en recouvre les épaules et lui dépose un baiser sur sa joie chiffonnée : « Ne prenez pas froid ; grand-mère. » Il s’éloigne. Un sourire éclaircit le visage de la vieille, illumine son regard sombre. Elle tend la main vers cet éphémère éphèbe, mais elle reste vide d’une éternelle solitude. Et elle pose sa main sur sa joue encore tiède d’une brève affection, mais désormais inscrite en lettres d’or sur le fronton de ses souvenirs.

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Les commentaires

Affichage de 1 commentaires sur 1 commentaires

Photo de Safia TrikiSafia Triki

a écrit il y a 8 mois :

Bravo Alex! Ce texte est très profond . Vous avez peint grâce à la description du visage de la vieille dame ses ressentiments et ses souvenirs sans oublier sa sagesse .

 

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