Salazar Quitch ou le secret de l'ambre à bulles.
Dans la catégorie : Récits
par Le Routeau Marquin
Ou peut-être serait-ce là une conception du paradis oubliée depuis les ages farouches où Rahan, se fiant à son coutelas pour décider vers où diriger son prochain pas, vécut chaque souffle comme un cadeau inespéré, n’ayant d’yeux que pour la beauté fugitive de la vie.
Dugand était plutôt grand et dégingandé, les yeux constamment vagues et cernés de fatigue. Ses cheveux coupés courts mais jamais coiffés semblaient vouloir fuir son crâne dégarni, chacun dans une direction opposée. Dans sa démarche absorbée, on pouvait lire son humeur changeante. Parfois, le torse bombé vers l’horizon, il semblait pouvoir défier l’absurdité du monde, et surtout en avoir conscience. Le reste du temps il se déplaçait le regard caché derrière un livre, évitant les regards comme Zidane les défenseurs. Marié jeune à cette Consuela, rencontrée pendant un voyage culturel au Mexique, entre deux shots de mezcal et une Corona, il l’avait ramenée à Paris comme un petit chien ravi de montrer le bel os qu’il a découvert, pour se retrouver dépourvu, quand la bise fut venue, quand elle décida de le quitter pour un trader en costar beau comme un camion et riche comme Crésus, nommé Germain. Dans son esprit, c’était comme si Gontran Bonheur lui avait piqué Daisy, le laissant retomber comme une merde dans son petit univers à la Riri, Fifi et Loulou, « tu comprends, lui il est adulte, il prend ses responsabilités, alors que toi, tu joues encore à super Mario sur ta Game Boy », et finalement, c’était exactement le cas.
Manon, au contraire, était sa réponse ultime. Comment est-ce que quelque chose d’aussi magnifique avait pu lui être accordé ?
Il continua sa marche, passa devant un petit bar à bières décoré façon brocante, « à ton étoile » qu’il s’appelait, en se disant qu’il avait l’air sympa, et qu’il y retournerait un jour. Puis il s’engouffra dans le métro.
Manon était née quasiment neuf mois après son retour du Mexique, en plein milieu d’un fleuve d’extase amoureuse. La meilleure chose qu’il ait jamais fait. Insurpassable. Quand Manon eut 3 ans, Consuela le quitta. Elle avait manié sa barque si bien depuis son arrivée en France qu’elle avait presque perdu l’accent de son pays natal, occupait un poste enviable dans une boîte de com et gagnait beaucoup d’argent. Mais surtout elle avait prit conscience de son pouvoir, de sa beauté, de son effet sur les hommes, tant et si bien que rapidement il fit tâche à ses côtés. L’inéluctable arriva donc comme une évidence.
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