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amitié !

Dans la catégorie : Écriture automatique

Photo de  Obsidienne par Obsidienne


Je crois que l’expérience de la vie est faite de deux expériences principales, une consciente, une autre inconsciente et qu’elles sont disjointes. Je crois aussi que tout le travail que l’on produit dans le laps de temps où on est conscient de son parcours consiste à joindre les deux expériences. Pour faire vite, l’expérience inconsciente cèle l’ensemble des promesses que se font les humains, le besoin de survivre, la volonté d’être ensemble et l’expérience consciente vise à plaquer plaisir et déplaisir sur ces manifestations des corps et des corps mentaux. Et pour que ce ne soit pas aussi simple, on fabrique des règles et des lois qui contredisent, laquelle le plaisir, laquelle le besoin d’être reconnu, ou telle autre la possibilité d’un bonheur illusoire. L’amitié, comme l’amour, comme l’indifférence est issue de cette expérience inconsciente, et la conscience permet de décider que ces pratiques ne sont pas identiques. Moi, j’ai décidé que ce serait la même chose. On peut s’entendre là-dessus ? Parce que de toute façon, même si on est d’accord sur le fait que ce n’est qu’une décision, cela ne nous dit pas pourquoi et comment elle intervient, ni comment naît cette chose décidée.
Il y a d’abord quelques mots, dont la sonorité et le sens se conjuguent assez simplement avec d’autres mots. Des mots que l’on reconnaît. Des mots qui disent simplement que l’on est en train de faire la même chose. C’est un premier temps. Bien sûr cela ne suffit pas parce que le monde serait peuplé d’amis et l’amitié le vent infernal qui ferait tourner toutes les têtes, tous les militaires seraient des amis, et les chauffeurs aussi et les banquiers…
Dans un deuxième temps, apparaissent d’autres mots ; des mots que l’on reconnaît mais que l’on ne connaissait pas, des mots qui indiquent plus sûrement que n’importe quoi d’autre, le chemin que l’on a dû faire pour les trouver, le parcours nécessaire à l’autre pour les écrire et ce qu’il a fallu construire ou détruire pour les débusquer. Ces mots, un peu différents, mais pas assez tout de même pour ne pas être déchiffrés sont comme des traces sur une argile meuble, il suffit de peu pour se tordre la cheville, mais ils ressemblent à de petits cailloux que l’on suit, persuadé de se trouver sur une piste, balisée par la question de ce que l’on cherche. Et quand on arrive à lire en même temps les mots semblables, confortables et les mots qui nous appellent tout près du précipice, quand on arrive à mesurer la distance entre les deux discours pas comme un éloignement mais comme un temps différent dans une histoire commune, quand on arrive à comprendre les paroles comme des passerelles entre deux angoisses fondamentales, l’amitié se concrétise, d’une manière presque impalpable, sans esbroufe, sans avertir. Et la difficulté, toujours entière d’un bout à l’autre de cette opération d’agrégation de deux esprits est justement de prendre conscience de l’intelligence qu’il a fallu à toute une société pour mettre en place les codes, les barrières, les schémas et les structures pour que se reconnaissent deux personnes, un peu, beaucoup, passionnément (je vous disais que…). Une autre difficulté est aussi d'accepter d'être le nourrisson de cette intelligence.

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