Ce n'était qu'une soif...
Dans la catégorie : Nouvelles générales
par Myriam R-T
Au début, ce n’était qu’une soif. Un simple désir d’eau, pas même un besoin. Tout ce qu’il y a de plus normal, quand on est coincé par un après-midi suffocant au troisième étage d’une école dont le seul climatiseur est situé dans la salle des profs, au rez-de-chaussée, alors que dehors, il fait au moins 40°C à l’ombre et que le soleil de plomb grille ton dos aussi sûrement qu’un hamburger sur le barbecue. D’accord, j’exagère, il faisait 40° au soleil. Quoi qu’il en soit, j’étais là, moi, pauvre âme desséchée qui, ironie du sort, suait à grosses gouttes, à regretter ma bouteille d’eau égarée dans mon casier, les rares encore pleines étant jalousement gardées par leur propriétaire qui veillaient sur ces denrées rares comme si leur vie en dépendait. Ce qui était d’ailleurs sans aucun doute le cas.
Je m’étais donc résigné à attendre jusqu’à la fin du cours qui venait de commencer après avoir entendu la réponse du remplaçant à ma requête de sortir… non. « Désolé, m’avait-il dit, mais je n’ai en aucun cas le droit de laisser sortir quelqu’un… bla bla bla ». Il m’avait semblé terriblement désolé, ce remplaçant dont les lèvres s’étiraient en un sourire carnassier alors qu’il me regardait retourner à ma chaise, au fin fond de la classe. Non, mais quand même! avais-je songé, ce n’est pas la mer à boire (sans mauvais jeu de mot…) de laisser sortir quelqu’un à l’abreuvoir, par cette chaleur! J’avais réussi, par un quelconque miracle, à ne pas me révolter ouvertement contre cette règle stupide, et c’était une chance, si l’on considérait l’avertissement de la directrice, qui avait menacé, quelques jours plus tôt, de me suspendre de l’école au moindre écart de conduite.
Autre miracle, j’avais réussi à tenir une demi-heure de plus sans aucune eau, sous toutes ses formes. Du moins, j’avais tenu une demi-heure avant de commencer à être sérieusement mal. La gorge en feu, je me tenais à présent couché sur mon bureau, incapable malgré tous mes efforts de redresser la tête. Ma respiration était sifflante, et pénible, chaque inspiration me brûlant impitoyablement les poumons. Les yeux à moitié fermés, je luttais pour garder conscience alors que j’entendais autour de moi les exclamations de stupeur et les cris inquiets, de même que les ordres nerveux qui fusaient d’un bout à l’autre de la salle.
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