Chapitre 2 : La complainte des morts
Dans la catégorie : Nouvelles de fantasy
par Rémy Garreau
Tu n'es qu'une infime partie de ce que tes ancêtres ont prétendu. Je n'aurais malheureusement pas l'heur de contribuer à l'achèvement de ton existence. Crois-moi, cette douleur te ferais rire, si tu avais seulement conscience de ce qui est prévu. Maintenant, je dois te laisser, car j'ai à préparer un accueil digne de ton retour... "
Jean-Baptiste revint finalement à lui quelques minutes plus tard, engourdi par les restes de la douleur fulgurante. Ses tempes grondaient encore sous les plaintes déchirantes qui l'avaient arrêté net sur le chemin de terre.
Des à-coups de hurlements, de pleurs et d'appels lointains transpercèrent sa peau, atteignant son coeur en un torrent glacé, accentués par leurs propres échos.
Il écarta les bosquets et les branches basses, sauta un large fossé et brisa net un jeune arbre se courbant par-dessus le chemin. Aucun obstacle ne semblait pouvoir l'arrêter, lorsque soudainement il cessa sa marche décidée. Dans le silence, des oiseaux passèrent au ras des cimes, fuyant le terrible spectacle.
Une centaine de cadavres se tenaient non loin, sur le sable imbibé de sang, en rang serré.
Jean-Baptiste était proche, mais les corps, se rassemblant en cercle là où l'herbe cédait sa place au pourtour sablonneux, donnaient l'impression de soigneusement dissimuler leurs actes. D'autres arrivèrent, sortant des flots mouvants, en deux colonnes dont les quatre derniers, plus rapprochés, portaient au-dessus de leur tête déchirée une longue plaque dégoulinante et recouverte d'algues. Des volutes de fumée laiteuses s'échappaient de ses rebords comme d'une plaie brûlante.
Entamant un psaume lugubre qui augmentait ou s'éteignait au rythme lancinant des cris, chacun se plaça sur la bordure de l'eau, à distance respectable du ressac sanglant, continuant leur chant liturgique dans l'air pesant et glacé.
Un rayon éblouissant s'éleva rapidement de l'objet alors qu'une dizaine de morts s'affairaient autour et en frottaient la surface rugueuse de leurs mains sanglantes. Du sang, mélangé à de la chair. Et à quelques mètres à sa droite, dans un buisson grisonnant, pendaient et s'amoncelaient des enveloppes corporelles humides, couvertes de plaies béantes et de rares touffes de poils plaqués, collés suite à la coagulation des premiers jets de sang.
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