tiTexte.net, milieu de création pour la nouvelle et la poésie

Nuit sanguine

Dans la catégorie : Nouvelles d'horreur

Photo de Rémy Garreau par Rémy Garreau

        1
        
        C'était un soir de Décembre, alors que dans les rues mouraient les haines invisibles et les lumières agressives, que la folie du genre humain lança sur moi son dévolu. Mortel et éternel, au gré de mon statut d'humain, l'errance était le seul dû de ma vie ; la nuit royaume sanglant de mes rêves, et le jour silence brûlant de mes peurs. Tout commença dans mon appartement, en ce même début de soirée, lorsque le soleil, quelque part au-dessus des chemins et sous la brise poignante, achevait son trajet jusqu'à l'horizon sanguin...
        
        Le silence tomba dans la pièce. Soudain, brusque, inexplicable, son voile invisible se déformait à chacun de mes mouvements. Je n'entendais plus l'entêtant bruit de l'horloge qui parvenait d’ordinaire jusqu'à mon bureau.
        En me penchant légèrement, je remarquai dans un soupir, par l'ouverture de la porte menant au couloir, que l'aiguille noire sur laquelle s'accrochait parfois mon regard s'était interrompue.
        Je ne pouvais me résoudre à jeter l'oppressante idée que le temps, tout aussi affolé que moi, cherchait lui aussi à sortir de cet enfer.
        Je ne résidais ici que depuis peu, mais je m'étais tout de même habitué assez rapidement à l'absence d'électricité dans certaines pièces de l'immeuble.
        Tout fuyait discrètement, le sang de mes veines, les pensées de ma tête et même l'air de mes poumons. M'efforçant de ne point souffler, je tentais en vain de tenir ma poitrine gonflée de cette bonne atmosphère.
        Rien d'autre à faire que de me tordre de gêne sur la page à moitié blanche, qui ne demandait qu'à boire avidement l'encre du stylo que je tenais enfermé entre mes doigts.
        Quelques minutes plus tard, j'avais oublié le motif de ma lettre et la suite logique de cette phrase commençant par « Au ». Peu à peu, tout se retira de ma tête, glissant sur ma peau, et parcourut l'espace jusqu'à la fenêtre ouverte.
        Même les mots fuyaient l’obscurité pesante, comme si quelque part une mâchoire nocturne menaçait de se refermer sur leur gorge.

« précédent 1 2 3 4 5 6 7 8 9 1021 22 suivant »

Les commentaires

Affichage de 4 commentaires sur 4 commentaires

Photo de Chantal MesservierChantal Messervier

a écrit il y a 2 mois :

Quelle histoire.
Ça donne froid dans le dos.
Ouffffffffffffff!!
Magnifiquement bien décrit. Je vois la scène...comme si j'y étais!!

Amitiés
Chantal

 

Photo de Chantal MesservierChantal Messervier

a écrit il y a 3 mois :

Bonjour Rémy,

J'ai commencé aussi le récit, très intéressant...
À suivre.
Amitiés
Chantal

 

Photo de Samia Lamine Samia Lamine

a écrit il y a 3 mois :

Bonsoir
Je viens de commencer à lire la nouvelle d'horreur, et dès les premières page, s'installe une atmosphère lugubre grâce à l'emploi des adjectifs, des participes présent lors de la présentation du cadre et de la description de l'état d'âme du narrateur confronté au sentiment d'être étouffé par le temps et l'espace.
L'angoisse et les hallucinations crée une rupture entre son être et son corps , le réel et l'irréel. Est-ce un état de démence ou de folie?
(A suivre vu le suspens crée par le style.)

 

Photo de Mohammed El QochMohammed El Qoch

a écrit il y a 3 mois :

Bonjour Rémy!
Je viens de commencer la lecture de ta "Nuit sanguine" et déjà je sais à qui j'ai affaire, une belle plume, un style parfait, une touche artistique entre les lignes!
Bienvenu parmi nous!
Amitiés!

 

Conditions d'utilisation
Les textes appartiennent à leurs auteurs respectifs. S'il vous plait, respectez le droit d'auteur.
Ce site est une réalisation de Dominic Bellavance.