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la langue au chat

Dans la catégorie : Écriture automatique

Photo de Jean Talliage par Jean Talliage

(Sur le fil d'une petite idée plutôt que de l'écriture automatique)


J’écrivais. Je déroulais une idée étrange. Je tentais d’en suivre le fil et d’imposer ma griffe. Ne rien casser, non ; Juste donner des petits coups de patte réfléchis et efficaces. Alangui, je jouais des coussinets en poussant la pelote. Les mots roulaient, couraient sur le fil de l’idée. Je ronronnais, les yeux mi-clos, concentré sur ma proie, persuadé de ma victoire. L’idée se soumettait au caprice de mes griffes. Ce n’était plus une pelote de laine, c’était un rêve éveillé que je bousculais de plus en plus nerveusement, jusqu’à me surprendre moi-même des tours que je lui imposais. S’émerveiller du premier objet venu, lui instiller des intentions et les redouter immédiatement de peur qu’elles ne vous giclent au visage, feindre la peur ou l’attaque. J’étais tout à ma pelote de laine. Le monde réduit à cette boule qui tournait rond sous mon emprise. C’est un plaisir égoïste que d’écrire, une activité féline faite de patience et d'assaut, de minauderies et de cruauté. On épie puis on croque en quelques mots, on charme, on conquiert on avance masqué. On ignore, on dédaigne les personnages dès qu'ils ne servent plus le récit .

Ma pelote est déroulée et j’ai perdu l’idée. Elle s’est échappée. D’instinct j’ai levé les yeux au ciel, et mon regard s’est posé sur une lampe chinoise de papier. Un papillon de nuit me narguait et tapait nerveusement contre la feuille en produisant un bruit insupportable. Écrivait-il lui aussi ? Et quoi ? Une histoire à se brûler les ailes, une ivresse éphémère, un plaidoyer fragile ? Épuisé ou brûlé par l’ampoule, le papillon a chu entre mes pattes. Ses ailes balaient désespérément le sol. Je réalise qu’il m’a détourné de l’écriture, mais je ne peux me résoudre à l’écraser de ma patte. Je reste à guetter son dernier souffle, son ultime lecture du monde, qui me renseignera sur mes propres gesticulations d'être vivant. Et je ronronne de la même manière, que je lise ou que j'écrive...

Les commentaires

Affichage de 2 commentaires sur 2 commentaires

Photo de Evelyne BertEvelyne Bert

a écrit il y a 3 ans :

mieux vaut que l'écriture soit une pelote de laine à dévider plutôt qu'un os à ronger! L'expression n'est pas de moi...
parce que si l'on peut dévider la laine sans fin, on peut aussi la re-enrouler alors que l'os, lui, une fois rongé, ma cachewaloo!!! A BIENTÖT DE TE RELIRE , EVELYNE BERT

 

Photo de Mrawn BoergMrawn Boerg

a écrit il y a 3 ans :

L'écriture en tant que métaphore filée de doigts délicats, mais le geste sûr et maîtrisé. Tel le tisserand sur son métier, telle Pénélope occupant son coeur et son esprit à son ouvrage.... L'écriture est-ce un jeu de chat désoeuvré, dans l'attente d'une vraie partie de chasse où les griffes acérésagissent plutôt qu'ils ne se rétractent derrière les coussinets de soie? Elle est tout celà à la fois....

 

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