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Les monstres mécaniques

Dans la catégorie : Nouvelles policières

Photo de Vincent Fortier par Vincent Fortier

        Elle était assise devant moi, mystérieuse et anonyme. J’aurais aimé lui dire que tout ceci n'était pas été nécessaire. Elle ne me reparlera plus, elle avait laissé écrits sur une carte postale ces deux petits mots : oublie-moi. C’était une rue, la rue Prince Arthur, l’hiver, une fille avec un foulard, qui a froid, une photo jaunie. J'irai au laboratoire photo et demanderai que l’on agrandisse sa main. Je l’épinglerai au-dessus du bain et, lorsque je serai confortablement plongé dans mon bain mousse, j’allumerai une chandelle romantique pour contempler inlassablement les traits de sa main .
        
        Je voulais lui rendre visite, je l’ai retrouvé la tête dévissée, pendante sur sa poitrine. J’ai examiné son visage afin de vérifier s’il était tuméfié. Je n’y ai trouvé qu’un visage en larme, sans vie. J'ai constaté dans sa salle de bain l’évidence de mes soupçons, elle avait vidé tous les contenants des comprimés que son médecin lui avait prescrits pour lui faire oublier son cafard. Je suis allé dans sa cuisine pour vérifier une autre appréhension : une bouteille de vin vide et une coupe encore pleine. Elle avait noyé sa tristesse. Sur le canapé, un bas résille noire. Plusieurs cigarettes dans le cendrier témoignant de son état d’anxiété. J’ai ouvert la télé, toute la charpente d’un monstre mécanique qui tombe. À l’autre chaîne, une pub d’un dentifrice. La même pub qu’il y a trente ans, mais sans sourires, comment peut-on faire une annonce de pâte à dent sans sourires?
        
        J’ai appelé les flics.
        
        – Sergent Côté à l’appareil, s’agit-il d’une urgence?
        
        – Non monsieur, il est déjà trop tard. Seulement un constat. Une évidence de décès. J’habite au 1525 rue Rachel Est. S’il vous plait, ne faites pas vite, prenez votre temps. Vous pouvez même venir demain soir.
        
        J'ai fermé cette télé désaffectée pour ouvrir la radio à mon poste communautaire favori. Un bon vieux rockabilly des années 60. Cette bouteille est jolie. Elle m’en a laissé une coupe. Je vais la boire à sa santé. Elle m’avait pourtant dit que toute belle chose a une fin. Cette belle chose c’était elle. Je bois à sa santé. On s’est connu le long d’une rue, à bicyclette, je cherchais la rue Milton, et l'on a commencé à parler de la rue Saint-Laurent pour finalement parler du dernier film à l’Excentris. Je lui ai dit qu’à Paris, il y avait plus de salles indépendantes qu’à Montréal et que si elle voulait souper avec moi ce soir-là, qu’elle était bienvenue dans mon humble demeure.

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Les commentaires

Affichage de 1 commentaires sur 1 commentaires

Photo de Enriet UttoEnriet Utto

a écrit il y a 3 ans :

Bon texte, mais est-il souhaitable de laisser le lecteur sur sa fin?

 

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