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Moonshine poolroom

Dans la catégorie : Nouvelles générales

Photo de Vincent Fortier par Vincent Fortier

        Le billard Moonshine est une salle de quilles convertie. Près du bar, une distributrice verse une poignée de noix dans une main gourmande. Ce soir, le choix musical puise dans les répertoires de Ella Fitzgerald accompagnant Joe Pass et de Jimmy Sommerville.
        
        Je place les boules à l’intérieur de leur geôle. Alfi les affranchit de leur inertie par une casse, cataclysme générateur du désordre nécessaire à notre joute.
        
        Cette liberté retrouvée les rend lisses et pleines comme les mots éclatés d’un texte trop construit, les passions imprévues d’une vie trop rangée. J’empoche d'abord la 1, j'ai les basses.
        
        Une vestale vêtue d’un col roulé rouge, de collants noirs et d’une jupe grise, replie son parapluie après une entrée discrète. Alfi la remarque également.
        
        —Elle s’appelle Violette Anctil, lui dis-je pour le distraire de ses pensées monotones.
        
        —Niaise-moi ! Tu la connais ?
        
        —Je lui ai proposé une ballade dans les environs du Mont-Royal, le coup classique, sans oublier l’appareil photo pour capter l’esthétisme de ses expressions familières. Elle m’a immobilisé sur la pellicule avec une stalactite de la grotte du chemin de croix au-dessus de l’une de mes grimaces s’inspirant de l’expressionnisme allemand. Après m’avoir remis l’appareil de ses mains frêles, elle s’est placée près d'une colonne de l’entrée principale de l'Oratoire, la ville en arrière-plan et au premier, des commissures de lèvres généreuses venant chatouiller des joues pommelées dans un éclatant sourire. Puis je l’ai vu sur le belvédère cadrant l’horizon pour comprendre qu'elle n’était pas qu’une simple étrangère au sourire de bergère, mais plutôt la somme de milliers de visages aux désirs innommés. Sans façon, elle s’est retournée pour m’offrir un rictus meurtrier.
        
        —C’était à moi de jouer, à lui demander si l’on pouvait se revoir, mais j’ai eu froid, j’ai figé comme un glaçon sur le rebord du toit d’un chalet des Laurentides. Parfois j'aurais le goût d'être une plante, c’est moins compliqué, une fleur pas écrapoutillable comme le dirait le personnage des Bons débarras.

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Les commentaires

Affichage de 2 commentaires sur 2 commentaires

Photo de Vincent FortierVincent Fortier

a écrit il y a 4 ans :

Merci du commentaire. Les dialogues utilisaient au départ un langage plus familier. Mais, comme tu dis, le fait d'utiliser un ton poétique a apporté quelque chose de plus au texte.

 

Photo de Dominic BellavanceDominic Bellavance

a écrit il y a 4 ans :

Il me faudra une relecture pour bien appréhender le texte, mais c'était très intéressant! Particulièrement pour le ton des dialogues, qui n'ont rien de bien commun avec la vie courant, mais qui amènent une dimension particulière au texte.

 

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